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18/09/2009

"La gloire de mon père"

 

Non, nous ne sommes pas dans la Provence de Marcel PAGNOL comme le laisserait à penser ce titre évocateur. Nous nous situons à Ste Colombe sur Guette, petit village d’une cinquantaine d’habitants, perché au dessus d’Axat (Aude). Le décor n’est pas semblable à celui de Gruissan, mais demeure tout aussi merveilleux que nos garrigues littorales.

Les clapotis de l’Aiguette, affluent de l’Aude traversant le village, couvre le bruit des tailleurs de pierres. Cet endroit paisible, entouré de champs, carrières et forêts nous ferait presque oublier que nous sommes en période de guerre et de restrictions.

Connu pour l’hospitalité de ses villageois, Ste Colombe accueille les familles LABATUT, COMMENGE et MILHE, évacuées de Gruissan, sous l’occupation Allemande.

La grand-mère, Félicité Marthe ALLEON est du voyage. Elle fait partie des meubles si je peux me permettre l’expression, car elle fait tout le trajet à l’arrière d’un camion, coincée entre les meubles.

Une fois installés chez l’habitant, les adultes effectuent de menus travaux pour subvenir aux besoins essentiels de la famille, tandis que les enfants communient avec la nature, théâtre de quelques aventures.

Baptiste COMMENGE (9 ans à l’époque) surprend des merles en train de picorer un maigre menu abandonné sous les ruines d’une vielle grange. Il lui vient alors l’idée d’installer des pièges pour les capturer et il embarque dans l’aventure son cousin Yvan MILHE (6 ans).

En soirée, les ratières sont en place et les enfants piaffent d’impatience. Dès l’aube, nos petits braconniers s’avancent à pas de velours, et en catimini jettent un œil par dessus le muret les séparant des ruines.  Ce fut « l’explosion » de joie. Tel Marcel Pagnol brandissant des Bartavelles, Yvan « fier comme un Barbot », s’empare de la proie et court l’exhiber devant toute la famille. C’était toute « La gloire de mon père » !

Devant tant d’enthousiasme, l’opération « Merle enchanteur » est renouvelée avec l’accord des parents qui voient en elle le moyen d’entretenir l’insouciance et la spontanéité de leurs progénitures, et de chasser de leur esprit les inquiétudes de la guerre. Plusieurs jours durant, c’est le même triomphe. Seule ombre à ce tableau de chasse, c’est l’absence de merle dans les assiettes, pour satisfaire la faim de la famille ! Qu’est-il advenu de tout ce gibier ? A t’il été vendu, échangé, volé ? Qu ‘importe ! pourvu que les enfants s’amusent et soient heureux !

Mais à la joie d’Yvan, succède la déception quand il apprend sous l’air amusé de ses parents que son cousin Baptiste s’est joué de sa naïveté d’enfant en se rendant complice d’une farce.

Sur la ratière, il installait quotidiennement le même merle piégé dès le premier jour de braconnage, pour faire croire à de nouvelles captures !

Aujourd’hui, Baptiste se plait à raconter cette blague qui amuse toute la famille et réveille bon nombre de souvenirs. Ce n’était pas « le temps des cerises, du gai rossignol et du merle moqueur ! »…mais « le temps du merle moqueur et du cousin farceur ! ».

 

20:35 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

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